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TraitédeWestphalie
Describe [TraitédeWestphalie] here. Extrait dans http://www.strasmag.com/ 350 eme anniversaire du traité de Westphalie Article de Jeanine Siat Agrégee et Docteur en histoire, 25 sept 1998 Le traité de Westphalie est l'une des grandes étapes du XVII° et porte en lui les germes d'une redistribution des pouvoirs en Europe. Par son ampleur, il touche la plupart des pays, il marque un tournant de l'histoire européenne. Désormais l'Occident chrétien a laissé la place à des Etats nationaux qui vont s'affirmer de plus en plus dans les deux siècles suivants. Bien malgré elle, l'Alsace est au cœur des conflits du XVII° siècle. Ravagée par la guerre de trente ans dans laquelle elle s'est engagée pour préserver sa liberté politique et religieuse, elle changera, contre son gré, de suzerain et sera entraînée par lui dans toutes les guerres où elle sera l'un des enjeux entre les Habsbourg et la Monarchie de Louis XIV. *Le traité de Westphalie et ses ambiguïtés* En réalité il ne s'agit pas d'un mais de deux traités: l'un signé à Osnabruck et discuté par les puissances protestantes, l'autre signé à Munster et discuté par les catholiques, dont la France. La monarchie française s'était engagée dans la guerre de trente ans pour desserrer l'étau des Habsbourg qui pesait sur elle au sud, à l'est, au nord. Elle avait soutenu les princes allemands alliés au roi de Suède, protestants, en guerre contre l'empereur d'Allemagne, le Habsbourg d'Autriche, puis s'était engagée sur le terrain. Les victoires de Turenne vont pousser Ferdinand III à accepter les négociations de paix. Les négociations sont difficiles, chaque partie veut préserver ses chances de garder ou d'améliorer ses positions par la suite. Les plénipotentiaires français voulaient arracher à l'Autriche les Trois Evêchés, l'Alsace et les villes fortifiées sur le Rhin de Philippsbourg et de Brisach, des territoires à l'est du Rhin. Les plénipotentiaires autrichiens ne voulaient pas céder l'Alsace. L'opposition entre les deux tendances va aboutir à un traité peu clair. Par les paragraphes LXXIII et LXXIV du traité, la France reçoit les landgraviats de Haute et de Basse-Alsace. Quel est le contenu de cette cession? Si le landgraviat de Haute Alsace correspond aux terres des Habsbourg, il n'en n'est pas de même en Basse-Alsace. Dans la Haute-Alsace, la notion de landgraviat correspond en fait à une possession territoriale, c'est la partie la plus importante de la cession autrichienne à la France qui d'ailleurs y exerçait déjà son pouvoir depuis 1640. En 1645 de Beaussan y avait été nommé intendant et il y met en place les embryons de la première administration française. En Basse-Alsace, la notion de landgraviat n'est pas territoriale. Les possessions des villes, des seigneuries et de l'évêché sont entremêlées, les parcelles de terrain sont petites et dispersées et le seul lien qui rassemble ce morcellement est l'immédiateté impériale qui ne correspond à aucun pouvoir mais en des liens très lâches avec l'Empire. Celui-ci, en contre-partie du versement d'un subside et la reconnaissance du pouvoir de l'Empereur, a donné des privilèges et garantit l'indépendance. Enfin, le sort de la Décapole, les dix villes libres d'Empire dont la préfecture était à Haguenau et qui traitaient sur un pied d'égalité avec les autres états allemands, n'est pas réglé. Et encore moins celui de la ville de Strasbourg qui est république libre, sous immédiateté impériale. La France pensait acquérir de l'Autriche une province qui n'existait pas et l'Autriche cédait à la France des territoires dont elle n'était pas souveraine. Cette situation explique la difficulté d'appliquer ce texte. *Les difficultés politiques suscitées par le Traité* "Le traité devient inapplicable. Mais Louis XIV veut garder l'Alsace." Cet article annule en fait tous les articles qui précèdent. Le traité devient inapplicable. Mais Louis XIV veut garder l'Alsace. Il s'impose à l'Europe par les armes tout au long du XVII° siècle et l'Alsace va être soumise à la loi, ferme mais intelligente, de la monarchie : en 1672 l'armée royale occupe les dix villes libres, le traité de Nimègue de 1678 confirme le rattachement de l'Alsace à la France ; en 1680 Louis XIV exige la soumission de la noblesse alsacienne y compris l'Evêque de Strasbourg, en 1681 il force Strasbourg à capituler, enfin les traités de Ryswick (1697) et de d'Utrecht (1713) réaffirment ses droits sur l'Alsace. Après la conclusion des traités, les Etats d'Empire ont été sollicités pour donner leur assentiment. Or, on compte parmi ces états la Ville libre de Strasbourg, l'Evêque de Strasbourg, la Décapole. Il est facile d'imaginer leurs réactions et leurs craintes car, jusqu'à présent, tous bénéficiaient de la plus grande liberté, y compris celle de se défendre. Les villes libres et Strasbourg sont abritées par des murs, chacune est responsable de son gouvernement, de sa justice, de ses finances et de sa religion. Aucune de ces parties n'est prête à troquer cette indépendance contre la mainmise de la monarchie française, monarchie absolue qui prétendait tout régenter, tout contrôler, tout soumettre au bon plaisir du roi. L'article LXXXVII du traité de Munster est le résultat de ces protestations. Alors que les articles précédents donnent à la couronne de France de disposer librement de l'Alsace, allant jusqu'à annuler les serments de fidélité, ce paragraphe réaffirme l'immédiateté impériale sur les seigneuries qui en bénéficiaient et sur les villes libres : «Que le Roi Très-Chrétien soit tenu de laisser non seulement les Evêques de Strasbourg et de Bâle et la ville de Strasbourg, mais aussi les autres Etats ou Ordres qui sont dans l'une et l'autre Alsace immédiatement soumis à l'Empire romain, les Abbés de Mourbach et de Lure, l'Abbesse d'Andlau, Munster au Val Saint-Grégoire, de l'Ordre de Saint Benoît, les Palatins de Lutzelstein, les Comtes et Barons de Hanau, Fleckenstein, Oberstein, et la noblesse de toute la basse Alsace, item lesdites dix Villes impériales qui reconnaissent la Préfecture de Haguenau, dans cette liberté de possession d'Immédiateté à l'égard de l'Empire romain dont ils ont joui jusqu'ici de manière qu'il ne puisse ci-après prétendre sur eux aucune souveraineté royale». *La question religieuse dans le traité* Le traité est tout aussi confus pour la question religieuse abordée par l'article LXXV : «Le Roi Très-Chrétien sera toutefois obligé de conserver en tous et chacun de ces pays la Religion catholique comme elle y a été maintenue sous les princes d'Autriche, et d'en bannir toutes les nouveautés qui s'y sont glissées pendant la guerre». Que supposait cet article? Le roi de France devait-il supprimer les cultes luthérien et calviniste? Si oui, où? Sur les terres héréditaires, en Basse-Alsace, dans les Villes libres? Appliquer systématiquement la contre-réforme comme l'ont fait les Habsbourg risquait de provoquer des révoltes, le roi serait accusé d'intolérance, de non respect des libertés prévues par le traité. Mais, en montrant trop de tolérance, il serait accusé de favoriser les protestants. Dans ce domaine, malgré les périodes de contrainte, la monarchie française a su mener une politique de compromis intelligente et l'œuvre de l'intendant La Grange est à souligner. Il a su comprendre les besoins de la population comme dans d'autres domaines, il a su la défendre contre les excès de certains comme le Marquis de Chamilly, gouverneur de Strasbourg. Entre 1648 et 1678 l'Alsace reste dans l'expectative, elle souhaite toujours un retour à l'Empire. Mais Louis XIV, fort de ses victoires, affirme désormais sa volonté de faire de l'Alsace une province française. Il s'en donne les moyens mais aura aussi pour cette province un respect pour certaines de ses libertés, en particulier religieuses, unique pour l'époque.